Le Qi Gong (article « Bien et Bio ») – « entraînement énergétique »

Screenshot from 2015-03-14 17:06:51Que les Chinois soient des millions à pratiquer des exercices quotidiens, sur le pas de leur porte, dans les parcs ou même à l’usine, est de notoriété publique; il s’agit généralement de Tai Ji Quan et de Qi Gong (se prononce tchi koung). Ensemble, ces deux approches sont considérées comme étant de l’ « entraînement énergétique », selon les principes de la Médecine traditionnelle chinoise (MTC).

La pratique régulière du Qi Gong sert à renforcer et assouplir la structure musculosquelettique

entraînement énergétique: Le Qi Gong ou comment renforcer et assouplir la structure musculosquelettiqueRappelons qu’outre l’entraînement énergétique, la MTC comprend quatre autres pratiques : la diététique, l’acupuncture, la pharmacopée et le massage Tui Na.

Un des concepts fondamentaux de la Médecine traditionnelle chinoise étant le Qi, ce flux énergétique omniprésent, et Gong voulant dire travail ou entraînement, le Qi Gong est une pratique qui consiste à entraîner le Qi, c’est-à-dire à le renforcer, l’accroître, l’épurer, l’équilibrer et le faire circuler harmonieusement dans le corps et l’esprit. Pour une présentation du Qi et des principes de base de la Médecine traditionnelle chinoise, voir cette fiche.

La pratique régulière du Qi Gong sert à renforcer et assouplir la structure musculosquelettique et à optimiser toutes les fonctions de l’organisme dans le but d’entretenir la santé et même, d’assurer la longévité. Dans certains cas, elle peut aider à la guérison. C’est aussi une bonne préparation à toutes les activités sportives, artistiques et éducatives parce qu’elle favorise la concentration. Il existe également des exercices destinés spécifiquement à préserver l’énergie sexuelle.

Maîtriser le Qi

Par le contrôle du corps, de la respiration et de la pensée, les adeptes du Qi Gong apprennent donc à percevoir leur Qi et à le diriger le long des trajets d’énergie (les méridiens de l’acupuncture). Ils en viennent éventuellement à pouvoir absorber directement l’énergie de la terre, du ciel ou de la nature. Pour pratiquer le Qi Gong, on utilise :

  • Des visualisations et des méditations.
  • Des exercices respiratoires.
  • Des postures immobiles, tenues un certain temps.
  • Des mouvements très diversifiés et généralement très lents, ou des enchaînements de mouvements.
  • Des étirements et des ondulations.
  • Une grande attention mentale.

Mentionnons que le Qi Gong se distingue du Tai Ji Quan par ses mouvements plus courts et isolés qui peuvent parfois être exécutés en position couchée, alors que le Tai Ji Quan est essentiellement pratiqué en posture verticale.

Une connaissance approfondie de la Médecine traditionnelle chinoise n’est pas indispensable à la pratique du Qi Gong, mais certaines notions sont utiles pour une pratique personnelle avertie. On peut s’en tenir à le considérer comme une gymnastique, mais ce serait passer à côté de ses vastes possibilités. Les enseignants de Qi Gong, par contre, doivent avoir une excellente compréhension de la MTC afin d’orienter les pratiquants vers les exercices appropriés à leur condition.

En pratique, formations, livres

L’ensemble des auteurs affirme que, pour en ressentir les bienfaits, le Qi Gong doit être pratiqué tous les jours pendant un minimum de 20 minutes, idéalement 45 minutes.

Bien que de nombreux livres puissent aider les personnes désireuses d’adopter une telle pratique, les instructions d’un enseignant qualifié seraient indispensables pour atteindre l’état d’esprit ainsi que les postures et les mouvements justes ; cela permettrait également d’éviter les exercices qui ne conviennent pas à son état mental ou physique. Évidemment, les périodes de cours devront être complétées par des périodes d’entraînement.

Formation

L’enseignement du Qi Gong n’est régi officiellement par aucun organisme ni aucune association, ni en Europe ni en Amérique. Si aucune école québécoise ne décerne de diplôme, quelques instituts européens le font. À l’Institut International de Qi Gong, par exemple, on donne une formation de praticien (240 heures sur deux ans) et de professeur (360 heures sur trois ans). Plusieurs écoles de Qi Gong ouvertes au grand public donnent aussi de la formation professionnelle de même que certains instructeurs privés.

Une telle formation doit comprendre à la fois théorie (philosophie taoïste, énergétique chinoise, anatomie, etc.) et pratique.

Livres

– Bruney Michael. The Gigong Year : A seasonal Guide to Movement, Breathing and Meditation, Storey Books, États-Unis, 2002.
Un petit livre très « chouette » avec des exercices archisimples pour qui veut aborder cette pratique en douceur et très graduellement.

– Carnie L.V. Qi Gong : méthode traditionnelle chinoise pour rester jeune et en santé, Éditions de l’Homme, Canada, 1998.
Une introduction simple et claire.

– Chia Mantak. Guérison par le Chi Kung taoïste, Guy Trédaniel éditeur, France, 2002.
Le plus récent livre de ce grand maître d’une approche appelée Tao de la santé, et auteur prolifique; beaucoup d’illustrations couleur pour faire comprendre les mécanismes en jeu.

– Ferraro Dominique. Qi Gong pour les enfants, Le Courrier du Livre, France, 2000.
Dès 6 ou 7 ans, les enfants peuvent être initiés à des exercices simples qui peuvent les aider dans leur développement psychophysique.

– Jahnke Roger. The Healing Promise of Qi – Creating Extraordinary Wellness Through Qigong and Tai Chi, McGraw-Hill, États-Unis, 2002.
Un des excellents livres en anglais écrit par un docteur en médecine chinoise et maître de Qi Gong, qui explique clairement les principes de base de l’approche chinoise et propose plusieurs exercices.

– Migaud Martine. Qi Gong : la médecine des souffles, Éditions Godefroy, France, 1995.
Dans la mesure où on peut apprendre le Qi Gong dans un livre, celui-ci est un excellent guide. Écrit par une médecin et acupunctrice.

– Reid Daniel. A Complete Guide to Chi-Gung : Harnessing the Power of the Universe, Shambala Press, États-Unis, 1998. Une introduction substantielle, surtout théorique.

– Réquéna Dr Yves. À la découverte du Qi Gong, Guy Trédaniel éditeur, France.
Par le directeur de la formation à l’Institut International de Qi Gong.

– Zhao Jin-Xiang. Le Qi Gong chinois de l’envol de la grue, Guy Trédaniel éditeur, France, 1991. Pour qui veut passer directement à la pratique. Cette approche-ci, développée par l’auteur, comprend cinq enchaînements de mouvements.

– Zöller Joséphine. Qi Gong : exercices énergétiques de santé, Édtions Dangles, France, 1990. Un livre pour une pratique sérieuse, écrit par une femme médecin allemande, avec des centaines d’exercices dont plusieurs sont présentés en fonction de différentes affections.

Recherches scientifiques sur le Qi

Depuis 25 ans, le Qi a été surtout mesuré en ayant recours à des maîtres capables d’émettre du Qi (sur des cellules en éprouvettes ou des rats de laboratoire, par exemple) et sur le corps desquels on observait des réactions physiologiques. Parmi ces recherches, mentionnons celle dont la conclusion se lit comme suit : « Les résultats sont conséquents avec les recherches in vivo effectuées sur des humains et suggèrent que le Qi émis possède un puissant effet stimulant sur l’activité des cellules tueuses naturelles (natural killer cells). Cette étude offre un appui scientifique direct au fait que le Qi puisse affecter positivement l’immunité cellulaire humaine. »
Recherches scientifiques sur les applications thérapeutiques du Qi Gong

Malheureusement, peu de recherches sur les applications de la pratique du Qi Gong se conforment aux stricts protocoles scientifiques. Il est en effet pratiquement impossible de mener des études en double aveugle avec placebo, comme l’exige la méthodologie scientifique. Par ailleurs, les recherches menées en Chine depuis 25 ans sont rarement publiées en Occident. Cela dit, voici les conclusions des principales études disponibles.

Capacité respiratoire. Le plus grand nombre de recherches répertoriées par Pubmed concerne le renforcement du système respiratoire chez les personnes souffrant de différentes maladies affectant ce système. Si certaines n’ont observé que peu ou pas d’amélioration, une synthèse de plusieurs recherches auprès d’asthmatiques a révélé que la combinaison du Qi Gong avec la médication avait permis de réduire les doses de médicaments et la durée des hospitalisations. Une autre recherche menée en Allemagne auprès de 30 patients pendant six mois en est arrivée à la conclusion que la pratique régulière du Qi Gong aidait à réduire la sévérité de l’asthme.

Hypertension. Le second sujet le plus fréquent dans les recherches répertoriées est l’hypertension. Selon une synthèse de plusieurs d’entre elles, les résultats indiquent que la pratique du Qi Gong peut avoir un effet positif sur cette maladie. D’après une autre synthèse d’études cliniques sur la pratique du Qi Gong, on a observé une réduction des accidents vasculaires cérébraux et de la mortalité ainsi qu’une réduction de la médication requise pour le contrôle de la tension artérielle. Effets secondaires de la médication anticancéreuse. Selon une synthèse de recherches menées auprès de cancéreux sous médication, la pratique du Qi Gong réduirait les effets secondaires de la médication.

Sevrage de l’héroïne. Lors d’une étude clinique réalisée en Chine auprès d’un groupe d’hommes en cure de désintoxication, le tiers des participants a participé à des sessions quotidiennes de Qi Gong, un autre tiers a pris des médicaments tandis que le troisième tiers servait de groupe témoin. Les résultats ont montré que le Qi Gong accélère le processus de désintoxication, réduit les symptômes de sevrage et diminue l’anxiété.

Applications thérapeutiques

Le Qi du maître guérisseur

Dans son application médicale, le Qi Gong est de deux natures : il y a celui que l’on pratique pour soi (Qi Gong Yang Sheng), dont il est principalement question dans cette fiche, et celui qu’un maître peut appliquer sur un malade (Qi Gong Waiqi). Dans ce cas, un maître ayant atteint une très grande expertise peut non seulement émettre du Qi, mais l’orienter spécifiquement sur un organe malade. Des récits rapportent que de telles personnes peuvent anesthésier des patients pour une chirurgie, réparer des blessures et même soigner un cancer. Plusieurs recherches différentes ont effectivement mesuré une charge biomagnétique (jusqu’à mille fois supérieure à la normale) au bout des doigts des intervenants lors de l’émission du Qi.

Selon la perspective de l’énergétique chinoise, tous les « guérisseurs » émettent du Qi, quel que soit le nom qu’on donne à leur approche. Les pratiques de guérison sont toutefois interdites en Occident, bien que plus ou moins tolérées parce que considérées comme anodines ou fantaisistes (puisque le praticien ne touche même pas son patient), pour autant que la personne n’empêche pas le patient de recevoir un traitement médical. Non réglementées, ces pratiques se font très discrètes, d’où la difficulté de trouver des praticiens compétents. Il existe probablement des maîtres de Qi Gong Waiqi en Europe et au Québec, bien que rares, et ils seraient plutôt d’origine chinoise (la pratique étant encore très jeune en Occident), mais il existe probablement aussi des charlatans…

Processus plus que miracle

Selon ce que nous a dit Martine Migaud, acupunctrice et enseignante de Qi Gong, l’essentiel de cette approche ne consiste pas en des « recettes miracles » susceptibles de guérir spécifiquement telle ou telle maladie, mais en une puissante force capable de mettre en oeuvre les mécanismes autonomes de guérison dans l’individu qui entreprend la pratique et persévère. Une même classe peut regrouper des personnes qui veulent se maintenir en forme, d’autres qui cherchent à se libérer du stress et d’autres encore qui souffrent de maladie.

Selon l’Institut européen de Qi Gong, la pratique régulière d’exercices appropriés (parmi une très vaste gamme) permettrait les applications suivantes :

Comme mode de prévention. Assouplissement, détente, relaxation, gestion du stress, équilibre psychosomatique, meilleure vitalité, prévention des maladies, entretien de la mémoire, meilleur sommeil.

Comme approche curative. Améliorer la santé des personnes souffrant de maladies cardiovasculaires, d’hypertension, d’insomnie, de déficit oculaire, de diabète, de paralysie, de maladies dégénératives, de déficit profond de l’immunité, d’asthme, d’hypercholestérolémie, pour n’en nommer que quelques-unes.

Pour l’épanouissement sportif. Augmenter la qualité du contrôle, l’endurance, la respiration et la capacité de propulsion soudaine.

Pour le développement personnel. Moduler la réponse émotionnelle et l’adaptation au stress psychoémotionnel ou affectif; favoriser, tant chez l’adulte que l’enfant, la mémorisation, l’effort intellectuel, mais aussi l’imagination et la créativité.

Pour l’ouverture spirituelle. Favoriser le développement de certaines qualités, comme le calme, la sérénité et le lâcher-prise.

Une science venue du Tao

Bien qu’elles aient toutes une base commune (la conception taoïste de l’équilibre du Yin et du Yang) et des pratiques similaires, on peut distinguer trois grands types d’écoles traditionnelles de Qi Gong :

  • spirituelles, dont l’objectif est surtout de libérer l’esprit;
  • martiales, dont font partie les différentes formes de Tai Ji Quan (ou Tai Chi), appelé aussi « boxe avec l’ombre »;
  • médicales.

On croit que la science du Qi est étudiée en Chine depuis au moins 3 000 ans et qu’elle se serait manifestée sous des milliers de formes au fil du temps. Les personnes ayant développé une grande maîtrise martiale de cette énergie seraient capables, semble-t-il, de terrasser un adversaire sans le toucher ou de développer une résistance physique hors du commun; en Chine, il arrive de voir certains « maîtres » monnayer ces capacités inhabituelles dans des foires… D’autres auraient développé une maîtrise médicale et seraient capables de guérir des personnes sévèrement malades. Après plusieurs années d’interdiction de toute forme de Qi Gong par le régime communiste, la Chine fait aujourd’hui la promotion de simples exercices de santé auprès de sa population et dans les hôpitaux. C’est grâce, en bonne partie, aux moines taoïstes que la connaissance profonde du Qi aurait été maintenue vivante et pourrait encore être apprise.

Références

Note : les liens hypertextes menant vers d’autres sites ne sont pas mis à jour de façon continue. Il est possible qu’un lien devienne introuvable. Veuillez alors utiliser les outils de recherche pour retrouver l’information désirée.
Bibliographie

Novey Donald W. (Dir). Clinician’s Complete Reference to Complementary & Alternative Medicine, Mosby Inc., États-Unis, 2000.
René de Cotret Léon. Dossier Qi : L’émergence du Qi, L’arrivée du Qi Gong, Le Qi selon Mantak Chia, Guide Ressources, numéros de septembre, octobre et novembre 1994.
Institut Supérieur de Médecine Chinoise Guang Ming.  www.chinamed.be
Institut européen de Qi Gong.  www.ieqg.com
PubMed – National Library of Medicine.
Qigong Institute.  www.qigonginstitute.org

Notes

1. Seto A, Kusaka C, Nakazato S, et al. Detection of extraordinary large bio-magnetic field strength from human hand during external Qi emission. Acupunct Electrother Res. 1992;17(2):75-94.
2. Lee MS, Huh HJ, Jang HS, et al. Effects of emitted Qi on in vitro natural killer cell cytotoxic activity. Am J Chin Med. 2001;29(1):17-22.
3. Sancier KM. Therapeutic benefits of qigong exercises in combination with drugs. J Altern Complement Med. 1999 Aug;5(4):383-9. Synthèse.
4. Reuther I, Aldridge D. Qigong Yangsheng as a complementary therapy in the management of asthma: a single-case appraisal. J Altern Complement Med. 1998; 4: 173-183.
5. Mayer M. Qigong and hypertension : a critique of research. J Altern Complement Med. 1999 Aug;5(4):371-82. Synthèse.
6. Li M, Chen K, Mo Z. Use of Qi Gong therapy in the detoxification of heroin addicts. Alternative Therapies. 2002 Jan-Feb Vol.8, No.1, p.50-59.

Source : le Réseau Protéus

(article d’Ann Charlotte – « Bien et Bio »)

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Génération QI GONG – Luxembourg et Grande Région
(« Le bien-être par le Qi Gong »)

Les 8 grands principes taoïstes

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1er principe : L’alignement

L’alignement corporel

Ma colonne vertébrale doit toujours être droite : Cela changera mon état d’esprit.

1ère étape : J’observe ma posture et j’expérimente

    • Comment je me tiens physiquement ?
    • Lorsque je m’adresse à quelqu’un ?
    • Quand je roule en voiture ?
    • Derrière mon bureau ?
    • A table avec mes proches ?
    • Face mon supérieur hiérarchique ?

J’observe que, selon les situations, je suis, soit en avant, soit en arrière, soit centré. A quel moment je suis l’un ou l’autre ?

    • Quand j’ai peur ?
    • Quand je suis fatigué ?
    • Énervé ?
    • En paix ?

J’observe comment ma posture me fait sourire ou me rend négatif.
En voiture : si je suis penché sur mon volant, je me sens plus agressif, au fond du siège, je me sens plus serein. Expérimentez, observez, sentez et tirez les conclusions.

2ème étape : J’aligne ma colonne vertébrale pour agir sur mon esprit

Puisque l’alignement de ma colonne change mon état d’être, j’utilise ma posture par rapport à ce que je désire faire.

Je m’équilibre psychiquement en bougeant mon axe d’avant en arrière jusqu’à trouver le centre : Le sourire.

Face à un adversaire, le buste part en avant, prêt à attaquer. Pour désamorcer, je recule de quelques centimètres, cela change le niveau d’agressivité et permet de prendre du recul. Cela enlève aussi de la pression à l’adversaire. Il y a alors toutes les chances que l’ambiance se calme.

Quand je ne vais pas bien, quand je ne me sens pas à l’aise, je m’aligne, je me centre et je gagne en sérénité.

L’axe Ciel / Terre

Je grandis

Tous les arts chinois visent la posture, la colonne doit être droite, je l’étire, je reprends mon axe, je me centre. Je prends du recul. Je suis plus présent, ma vigilance est exacerbée.

Quand je marche aligné, je suis en conscience. Plus je m’aligne, plus je m’élève, plus je grandis en sagesse.

La prière devrait toujours se faire dans l’alignement, le but est d’être dans l’axe Ciel / Terre. L’impeccabilité de la posture de la prière prouve le lien avec le Ciel : Colonne droite sans être rigide. Je suis relié, j’ai la foi, je sens l’énergie.

Exercice pour trouver votre axe Ciel / terre :

Balancez-vous d’avant en arrière. Les yeux fixés sur un point au sol. Au bout de quelques minutes, vous trouverez l’axe de connexion.

2ème principe : Le Non-Agir

C’est en fait « agir dans le non-agir », ce n’est pas « ne rien faire ». Trop facile.

Dans le « Non-agir » j’agis, mais en étant conscient que c’est « La Vie » qui dirige mon action. Son but est de me pousser à cesser la destruction, la guerre, à rétablir l’harmonie, à passer à « l’action juste ».

Quelles sont donc les qualités à développer pour agir dans le non-agir?

L’intuition

Pour la développer, je commence par observer et admirer la nature, elle m’en apprendra beaucoup sur le terrien que je suis. Et plus je me connais, plus je me fais confiance, plus je vais écouter mes prémonitions.

Je n’oublie pas non plus de « m’aligner » pour « entendre » la petite voix qui sait ce qui est bien pour moi et le monde. Ma colonne vertébrale est droite, elle est dans l’axe Ciel -Terre.

Les freins à l’intuitif sont la culture, l’éducation, la croyance, la religion. Je dois m’en détacher progressivement.

L’art de la perte

Un moyen d’entrer dans le « Non-Agir » est l’art de céder dans la domination, dans la guerre. En règle générale, mon égo veut gagner. Je dois accepter de perdre.

Le mauvais perdant a un égo surdimensionné. Mon égo me fait gérer ma vie comme une guerre or je dois passer à la paix.

Je n’oublie pas que pour faire la guerre, il faut être deux, si j’accepte de perdre, il n’y a plus de guerre. Voilà pourquoi les moines taoïstes commencent leur formation par 10 ans de travaux ménagers peu gratifiants. Ça calme l’égo.

L’acceptation

Mes problèmes sont là pour me faire grandir en sagesse, je ne dois pas les combattre. J’évite de résister, je cède à ce qui vient.

C’est normal d’être en colère envers une personne qui m’a blessé mais si je cherche suffisamment, je finis par comprendre l’enchaînement qui l’a menée à me faire du mal. Du coup, je ne lutte plus contre elle.

J’agis sans émotions

Quand je suis confrontée à un problème, je m’entraîne à le voir tel qu’il est et pas tel que je pense qu’il est. Ce ne sont pas mes émotions qui dictent mon action.

Qu’est-ce qui est grave dans la vie ?

C’est le regard que j’y mets qui lui donne son importance. Je dois toujours me recentrer sur l’essentiel. Si j’épure, la vie devient beaucoup plus facile.

 La détente physique et mentale

L’humour est nécessaire dans le non-agir et même dans la vie tout court. Il permet d’accepter ce qui semble inacceptable.

Je ne me prends plus au sérieux, je prends du recul, mon égo se calme. Pour cela, je fais en sorte d’être détendu, quoiqu’il arrive.

3ème principe : L’équilibre

Je dois trouver l’équilibre dans tous les domaines de ma vie :

    • Entre spiritualité et matérialisme
    • Entre vie de famille et vie sociale
    • Entre travail et inactivité
    • Entre nature et ville
    • Entre sommeil et veille
    • Entre solitude et vie en société
    • Entre donner et recevoir
    • Dans la variété alimentaire…

J’observe si certains domaines débordent sur d’autres et je mets en place les ajustements nécessaires.

L’équilibre physique

J’ai l’illusion de la stabilité dans la rapidité, faire des mouvements très lents prouve le véritable équilibre.

L’exercice le plus facile à mettre en place est la marche LENTE. Je suis obligatoirement en « présence » dans la lenteur par une conscience exacerbée dans mes jambes, sous mes pieds. Je bouge en ayant le bassin détendu, les hanches, les fesses lâchées.

De même, mes yeux et mes oreilles sont des repères majeurs pour m’équilibrer. Si je veux m’exercer à la stabilité intérieure, dans une 1ère étape, je fais un parcours yeux ouverts puis je le refais les yeux fermés.

Enfin, je développe ma souplesse, elle permet l’adaptation aux secousses, à la vitesse, aux variations. Le sentiment de souplesse physique jouera sur mon mental et inversement.

Je fais du Qi Gong, Tai chi, Yoga…

J’observe les chats et je bouge comme eux, avec fluidité et grâce.

Conséquences du travail de l’équilibre

L’équilibre rétablit l’harmonie. Il me fait relativiser plus facilement, je suis axé. Dans le tao, l’équilibre est individuel et évolutif, il se réinvente constamment.

Pour autant, les lois de l’univers sont communes à tous. L’homme fait le lien Ciel / terre, il est insignifiant et pourtant c’est ce rien qui crée l’équilibre global.

On n’est rien et on peut tout, c’est notre petitesse qui fait notre grandeur.

4ème principe : La respiration

Si je suis attentif à ma respiration, je vais transformer mes  activités, agir sur ma santé et mes relations.

Action de la respiration

Respirer détend le Qi du foie. Renforce la rate et le poumon. Tonifie les reins. Avive les nerfs sensitifs.

Grâce à la respiration abdominale, le diaphragme masse les 5 organes fondamentaux en médecine chinoise (Cœur, Foie, Rate, Poumon, Rein).

La respiration permet l’intériorisation et l’extériorisation.  Elle fait le lien entre les deux.

Pour extérioriser les difficultés, il suffit de respirer, de chanter ou de crier. Sans m’en rendre compte, cela va permettre l’évacuation de mon problème.

Je vis un stress ? Je respire ventralement pendant 20 min.
Ou je vais crier un bon coup dans la forêt plutôt que sur le boss.

Par la respiration, nous échangeons du gaz, du Qi, des émotions et nos états psychiques. Je peux donc agir sur l’autre en respirant sainement.
J’observe la respiration de l’autre, je me cale dessus. Puis je ralentis ma respiration : L’autre va alors ralentir la sienne et va donc s’apaiser.

Vous  dormez avec quelqu’un d’agité ? Testez l’exercice !

La respiration abdominale

L’idéal est de revenir 2 fois par jour à une respiration abdominale lente et profonde. Posez vos mains sur votre ventre, sentez-le se gonfler et se dégonfler, peu importe sur l’inspire ou l’expire. Faites au mieux pour vous.

Le tout est de bouger le diaphragme et donc de stimuler les 5 organes. La respiration abdominale doit être la plus lente, fluide et la plus souple possible.  A nouveau, imitez le chat.

Je ne respire jamais à fond trop longtemps, ça crée des tensions. Seulement à des fins thérapeutiques, pour évacuer.

La respiration Ciel / Terre

Debout, pieds bien ancrés en conscience dans le sol, genoux fléchis.
J’inspire, je visualise à travers moi la montée de l’énergie de la Terre vers le Ciel.

J’expire, je visualise à travers moi la descente de l’énergie du Ciel dans la Terre.

Je suis le lien entre les 2.

5ème principe : Prendre le temps

La lenteur du changement

L’évolution intérieure est lente, elle s’oppose à l’objectif, aux résultats, à la rapidité, à la compétition occidentale.

J’accepte que tout prenne du temps, l’être humain change lentement. C’est ainsi. Ce n’est donc pas la peine de commencer un travail intérieur si je ne suis pas prêt à y laisser 20 ans de ma vie.

Si vous rencontrez une personne capable de devenir rapidement ce que vous souhaitez qu’elle soit… Il ne s’agira que de séduction. Le changement ne durera pas.

A minima, un enseignement doit se faire sur une douzaine d’années, c’est le cycle moyen.  Or la motivation change en une décennie, quelque soit la formation. On est à fond au départ puis on arrête, on voit les choses autrement.
C’est normal, j’accepte la pause, je la vis, je reviendrai à l’enseignement différent.

De même, j’accepte que les fruits, les résultats viennent plus tard. La satisfaction ne sera pas immédiate.

Les cycles

Prendre son temps signifie intégrer les cycles de l’univers et du temps. Il existe les cycles journaliers, lunaires, annuels, de 7 ans, de 12 ans, de 5 ans. De nombreux cycles se superposent : affectivité, sommeil, maladie, immunité.

Certaines expériences ou personnages reviennent régulièrement dans ma vie ? J’accepte que les épreuves se représentent parce que je n’apprends jamais en un seul cycle :

    • Le 1er me montre le problème
    • Le 2ème je comprends que je dois changer
    • Le 3ème ma solution est incorrecte
    • Le 4ème ou 5ème ou 6ème ma solution est correcte
    • Enfin le dernier cycle : La vie va me tester !

Si un problème revient, ça peut être décourageant mais ce n’est pas parce que je n’ai pas avancé, c’est au contraire que je peux encore progresser sur le sujet.

Il peut aussi m’arriver de croire que rien n’avance dans un cycle, c’est en fait une période fondamentale. La graine commence sa poussée sous terre, on n’y voit rien !

Les objectifs

C’est difficile de gérer un objectif à 20 ans, il faut donc d’abord vivre le moment présent, ralentir et oublier l’objectif.

Je prends le temps, je profite vraiment du présent et du coup, je progresse plus vite intérieurement.

Quand je ne comprends pas quelque chose, je ralentis, ça décuplera la compréhension globale.

L’important est le chemin. Je ne m’intéresse pas aux résultats. Et quand j’obtiens un résultat, ce n’est pas grave, ça va passer !

6ème principe : L’intention

La connexion corps / esprit

L’intention vient de notre partie profonde, intérieure, elle est corporelle, énergétique et spirituelle.

C’est une volonté que je ne décide pas avec mon cerveau. Elle est en place quand le corps et l’esprit sont réunis, alignés, connectés. Il n’y a plus d’espace-temps.

C’est une force qui induit une action immédiate, spontanée. Le geste est alors parfait, on n’a pas réfléchi.

Le Qi

L’intention est fortement liée au Qi (en chinois, prononcer « tchi »).

Le Qi pourrait avoir pour traduction « Energie », le terme le mieux adapté étant « les souffles ». Il s’agit d’un concept essentiel de la culture chinoise.

Le Qi englobe tout l’univers, il relie les êtres entre eux et circule dans les méridiens de chaque être vivant.

L’élan vital

Pour pouvoir accomplir le geste parfait, je me concentre sur ce que je veux faire, j’ancre le Qi. Au moment de l’action, je projette le Qi à partir du ventre.

L’intention, c’est  « JE VEUX  » par le Qi. En travaillant le Qi,  je mobilise l’élan vital en moi. C’est la volonté du Qi qui se met en place (pas la mienne).

Dans l’intention, tout est possible, j’ai confiance en l’univers.

L’action dans l’intention

Plus je pense avec mon cerveau et plus je suis dispersé, cela empêche l’intention de se mette en place.

J’observe les moments où je ne suis pas dans mon axe et je m’aligne. Quelle est la différence ?

Mes possibilités quand je suis axé sont décuplées.

Essayer d’y arriver ?

Je n’essaye pas l’intention. Je fais. Je suis.

« Essayer » induit l’échec programmé, je ne mets pas tout en œuvre pour y arriver.
Dire qu’on va essayer est de la fausse humilité. Le terme « essayer » est à bannir de ma bouche.

« Le bonheur est le bon chemin vers le bonheur, si tu veux être heureux, sois le. »

7ème principe : La circulation du Qi

Physiquement

Pour être en bonne santé et pour éviter l’immobilisme physique et/ou psychologique, l’énergie (ou Qi) doit circuler. Je rappelle que, selon la médecine chinoise,  les stagnations de Qi induisent des maladies à long terme.

Pour mettre en circulation l’énergie, la solution est très facile : Je dois bouger mon corps. Depuis 15 000 ans que nous sommes devenus sédentaires, nous avons oublié ce qu’est le mouvement. Et ça ne s’est pas amélioré depuis que nous sommes pourvus de télévisions (avec télécommande s’il vous plait…), ordinateurs, voitures et j’en passe.

La marche est la solution idéale pour faire circuler le Qi mais aussi le sport, le jardinage, les travaux physiques…

Donner et recevoir

Le Qi doit aussi circuler psychologiquement et spirituellement.

Les échanges d’énergie se retrouvent entre autre dans le « donner » et le « recevoir ». Quand je donne (de l’amour ou un objet), je crée un vide, cela implique un appel pour remplir. Donc pour recevoir. Le Qi circule.

Donner ne fait rien perdre si mon état d’esprit est correct, axé. Ce qui n’est pas le cas si je donne parce que je me sens coupable, par exemple. Mieux vaut alors ne pas donner.

Recevoir, c’est s’émerveiller de tout ce qui vient, je souris à tout, je remercie. Cela va vraiment me nourrir et me permettre de donner.

La connexion

La circulation du Qi augmente la connexion au ciel, à la terre, aux animaux, aux végétaux, aux humains… Si je réussis à sentir ce lien fondamental à l’univers, cela va me transformer, je vais grandir en sagesse, en conscience.

8ème principe : L’évolution

Le changement

J’accepte de changer en profondeur, c’est un placement intérieur. Définitivement, je ne serai plus ce que j’ai été. Je le décide.

Changer sera difficile au départ car il faudra se mettre en action, il faudra donner un coup de clé pour démarrer. Ou se lever de son canapé. Ou lâcher la télécommande de la télévision ou la souris de l’ordinateur.

Mon égo, qui n’aime pas être bousculé dans ses habitudes, n’appréciera pas. L’évolution va donc se faire dans la douleur. C’est normal.

Je n’ai pas le choix

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Lavoisier.

Je dois réaliser que la vie est un mouvement continuel et l’admettre. Si j’accepte l’évolution permanente, j’ai le sourire, je dis oui à la vie, ça m’aidera à lâcher.

Certains des mouvements auxquels je serai confronté seront incontrôlables. Ma foi en la vie et mon instinct de survie m’aideront et diminueront mes peurs.

Tout ce que je vis est unique. Je dois expérimenter les différents âges, les séparations, les difficultés, les maladies, la vieillesse, la mort…

La question est toujours « Qu’est-ce que j’apprends en ce moment ? Dans ces difficultés ? »

Nous recevons de riches enseignements toute notre vie, ils sont différents à chaque fois. Nous avons besoin de beaucoup d’expériences pour évoluer, pour grandir en sagesse.

Nous n’avons pas le choix, alors autant le prendre avec le sourire. Ce sera plus facile.

 

(Source: desirdetre.com par Marie Bertolotti – Tiré de l’enseignement donné au Cercle Taoïste Lyon)

Qi Gong avec six patients psychotiques : étude de faisabilité et de pertinence

INPSY_8501_L204Introduction

La mentalisation du corps du sujet dépend notamment de la qualité des premiers soins qui lui ont été donnés au début de sa vie, dans un jeu de sollicitations réciproques avec son environnement maternant. Celle-ci devrait permettre d’aboutir à une représentation unifiée, grâce à laquelle le corps vécu est ressenti comme une entité. Dans les psychoses, ce processus est perturbé de telle sorte que l’angoisse de perte de l’intégrité corporelle menace le Moi. Le patient est soumis à des angoisses archaïques de type morcellement, dévoration, dissolution, effondrement.

Or la prise en charge de cette dimension de l’éprouvé corporel du patient psychotique est complexe, notamment liée à la crainte d’une recrudescence du délire.

Parmi les auteurs psychanalystes, quelques-uns argumentent qu’un travail de spatialisation, permettant la constitution d’une image du corps plus unifiée, est un préalable incontournable à l’accès à la temporalité : Racamier insiste sur l’importance d’approches corporelles des patients psychotiques, leur investissement corporel étant profondément altéré. Ferrari utilise l’expérience corporelle du patient en séance pour l’inviter à créer un réseau de contact « entre les sensations et la possibilité de se les représenter à travers des significations, des pensées ». Pankow, grâce à sa méthode de Structuration Dynamique de l’Image du Corps, invite le patient à percevoir l’existence d’un lien dynamique entre les parties et la totalité de son corps, puis à saisir le contenu et le sens de ce lien. « Le schizophrène a besoin (…) de se retrouver, d’abord dans l’espace, où il ne peut plus se situer comme corps, et où il devra refaire l’image de son corps morcelé (…) Ensuite seulement, il retrouvera le temps de son histoire et le pouvoir de la vivre. » À partir des théories d’Anzieu sur « le Moi-Peau » et de Dolto sur « l’Image inconsciente du corps », nous proposons ici une lecture psycho-dynamique en vue d’étudier la faisabilité et les effets d’une prise en charge corporelle de patients souffrant d’angoisse archaïque. Celle-ci, basée sur des exercices tirés de la méthode Feldenkraïs et du Qi Gong, visait à permettre aux patients d’établir une autre mentalisation de leur corps, moins angoissante, dans le but d’améliorer leur qualité de vie. Après avoir présenté ces théories et méthodes corporelles, nous exposerons notre protocole. Suivront l’illustration de la démarche à partir de vignettes cliniques, les résultats globaux, et une discussion.

Cadre théorique

Le Moi-Peau est une « figuration dont le Moi de l’enfant se sert au cours des phases précoces de son développement pour se représenter lui-même comme Moi à partir de son expérience de la surface du corps». Anzieu décrit huit fonctions au Moi-Peau établissant un parallèle entre les fonctions de la peau et les fonctions du Moi :

  • fonction de maintenance du psychisme, qui se développe par l’intériorisation du « Holding » maternel. « C’est l’identification primaire à un objet support contre lequel l’enfant se serre et qui le tient (…) l’appui externe sur le corps maternel conduit le bébé à acquérir l’appui interne sur sa colonne vertébrale » ;

  • fonction de contenance du psychisme, qui se développe à l’occasion du « Handling » maternel. « Le Moi-Peau est alors figuré comme écorce, le Ça pulsionnel comme noyau » ;

  • fonction de pare-excitation, protégeant des agressions extérieures ;

  • fonction d’individuation qui métaphorise la capacité de différenciation entre réalité extérieure et réalité intérieure ;

  • fonction d’intersensorialité qui métaphorise le lien entre des sensations de diverses natures ;

  • fonction de surface de soutien de l’excitation sexuelle, « surface sur laquelle, en cas de développement normal, des zones érogènes peuvent être localisées, la différence des sexes reconnue et leur complémentarité désirée » ;

  • fonction de recharge libidinale du fonctionnement psychique en rapport avec « la peau comme surface de stimulation permanente du tonus sensori-moteur par les excitations externes » ;

  • fonction d’inscription de traces sensorielles, organisée à travers les rythmes et le sens, procuré par l’Autre à ses expériences corporelles.

Françoise Dolto, insistant sur la dimension interhumaine qui donne sens aux perceptions procurées par le corps, décrit l’élaboration de l’Image inconsciente du corps à partir du schéma corporel. Celui-ci représente « notre vivre charnel au contact du monde physique », se référant au besoin. L’image inconsciente du corps est « la synthèse vivante de nos expériences émotionnelles : interhumaines, répétitivement vécues à travers les sensations érogènes électives, archaïques ou actuelles (…) du côté du désir ». Elle distingue trois modalités d’une même image du corps se remaniant dans le temps : l’image de base permet au sujet de se sentir exister parce que le corps est arrimé au narcissisme du sujet qui désire vivre. Chez le petit enfant : au départ image aérienne de base, elle devient image de base orale, puis image de base anale. C’est à son niveau que se situe le conflit opposant pulsion de vie et pulsions de mort, lesquelles « triomphent justement pendant notre sommeil naturel, (…) grâce à quoi, le corps se repose des exigences du désir du sujet ». L’image fonctionnelle représente le sujet visant l’accomplissement de son désir, dans sa relation au monde. L’image érogène représente le lieu où plaisir et déplaisir se focalisent, dans la relation à l’autre. Synthèse des trois autres, l’image dynamique représente le désir d’être et d’advenir, métaphore des pulsions de vie.

Les exercices physiques choisis ont été compris comme pouvant étayer métaphoriquement les enveloppes de substitution du « Moi-Peau » de la manière suivante : la méthode Feldenkrais, conçue par un judoka, Moshe Feldenkrais, est notamment utilisée dans deux types d’indications :

  • faciliter la récupération des fonctions instrumentales après un traumatisme physique ;

  • réduire des troubles anxieux.

Elle invite à prendre conscience du corps lors de mouvements simples, lents et répétitifs à type de rotations, roulements, en mettant l’accent sur la sensibilité tactile et kinesthésique.

Ce qui, d’après notre interprétation, peut permettre d’étayer les fonctions de maintenance, de contenance, de recharge libidinale, et d’intersensorialité du Moi-Peau.

Le Qi Gong, (prononcer « tchi goung »), littéralement « travail du Qi », de tradition plurimillénaire en Chine, est fondé sur des exercices physiques principalement, soit dans un but martial soit dans un but médical (entretenir et développer sa vitalité, se soigner dans certaines circonstances). Le Qi représente « l’élément en mouvement qui constitue la base de toutes les choses existantes, (…) s’apparente au pneuma des Grecs et à l’anima des Latins, (…) recouvre les notions de Souffle, d’Énergie et de Vitalité ». Les exercices de Qi Gong médical choisis, nous semblent particulièrement intéressants pour tenter d’étayer, d’après notre interprétation, différentes fonctions du Moi-Peau :

  • l’attention soutenue requise et l’ancrage au sol nécessaire étayeraient la fonction de maintenance ;

  • l’attention orientée vers l’enveloppe corporelle dans certains exercices, étayerait la fonction de contenance ;

  • la nécessité de coordonner la gestuelle des différentes parties du corps, la respiration, et le regard, étayerait la fonction d’intersensorialité ;

  • l’attention requise sur les différents temps de la respiration, et la perception du trajet de l’air inspiré et expiré, étayeraient la fonction d’individualisation, tout autant que la fonction de maintenance.

La mise en mot des sensations nous semble contribuer à étayer la fonction de contenance du Moi-Peau. L’aisance découverte à l’occasion des mouvements, semble étayer la fonction libidinale.

Description du protocole

Dans le cadre de l’hôpital de jour du secteur 68G07 de psychiatrie adulte du Haut-Rhin, à Mulhouse, nous avons inclus, sur une durée de quinze mois, six patients souffrant d’angoisse archaïque, et présentant des préoccupations pluri-hebdomadaires liées à la recherche de bien-être physique. Chaque patient était suivi parallèlement par un psychiatre qui lui prescrivait un traitement pharmacologique.

Le travail a consisté en des prises en charge individuelles de 30 minutes, au départ 3 fois par semaine, puis de moins en moins fréquemment, pour aboutir à la fin de l’essai à une fréquence de 1 fois par mois.

Chaque séance était organisée uniquement :

  • autour de l’expression de l’éprouvé corporel du patient ;

  • avec le support d’exercices proposés par la méthode Feldenkrais ou d’exercices de Qi Gong ;

  • que le patient et le soignant pratiquaient l’un en face de l’autre.

Entre les séances, le patient était invité à s’entraîner seul.

Lors des exercices, le patient était invité à focaliser son attention sur la zone corporelle en mouvement, par le regard, la sensation tactile voire cénesthésique, l’écoute des sons occasionnés par le mouvement, et la synchronisation de la gestuelle avec la respiration et le regard.

S’agissant d’établir une relation dynamique entre sensorialité et mise en parole, lors de chaque exercice, le patient était invité à nommer ses sensations, au niveau des zones corporelles sollicitées par le mouvement ou à distance, et à les comparer, puis à tenter de classer ses sensations selon cinq dialectiques : chaud/froid, lourd/léger, tendu/détendu, mouvement actif/mouvement passif, agréable/désagréable. Il était ensuite invité à exprimer s’il souhaitait que cet état change ou pouvait perdurer. Dans le premier cas, nous l’invitions à dire pourquoi, puis à chercher dans son expérience ce qui avait pu l’aider à modifier un état similaire vécu antérieurement, à choisir ce qui pouvait être réutilisé en séance, à l’expérimenter, puis à évaluer son état, et la nécessité de poursuivre ou non l’exercice choisi. S’il ne trouvait pas d’exercice, nous en proposions un et nous réévaluions ensemble son état. L’objectif étant de développer son agentivité, c’est-à-dire selon Bandura [4] développer tant son sentiment d’être à l’origine de ses actes que sa capacité à agir sur le cours de sa vie. S’il arrivait que le patient exprime une émotion, il était invité à repérer si cela était accompagné d’une sensation physique, et à la décrire de la même manière. S’il n’y avait pas de sensation physique repérée associée, nous cherchions seulement à les lui faire qualifier en « agréable » ou « désagréable », veillant ensuite à ce qu’il fasse un choix pour maintenir, ou quitter l’émotion. S’il voulait en dire davantage, nous le ramenions rapidement à porter son attention sur ses sensations corporelles.

L’évaluation a reposé sur l’évolution de la BPRS 42, des habitus, de la cognition, du traitement psychotrope, du nombre d’hospitalisation temps plein, du bilan psychomoteur.

Illustration de la démarche par la présentation de cinq vignettes cliniques

Première vignette : monsieur D. a 37 ans. Il présente une schizophrénie paranoïde diagnostiquée à 25 ans. Son délire, de mécanisme hallucinatoire et imaginatif comporte deux sortes de thème :

  • des idées de référence, d’influence, avec angoisses archaïques à type de dévoration, de dilution, et de morcellement, évoquant la défaillance des fonctions d’individuation et d’intersensorialité. Ce délire-là est sensible aux neuroleptiques ;

  • l’idée, qui le rassure, que son corps contient des faisceaux et des sphères lumineuses, que nous analysons comme étant une tentative d’élaborer la fonction de maintenance du Moi-Peau. Ce délire-là n’est pas modifié par les neuroleptiques.

Trois types d’exercices l’aident, dit-il, à « se sentir rassemblé » : ceux qui mobilisent la fonction contenante du Moi-Peau, ceux qui nécessitent une bonne coordination des mouvements (étayage de la fonction d’intersensorialité), et ceux qui favorisent l’ancrage au sol (étayage de la fonction de maintenance).

Résultats

Alors qu’il avait été hospitalisé à temps plein 5 fois dans les 10 mois précédents l’essai, il n’est plus réhospitalisé durant tout l’essai et jusqu’à 7 mois après (soit 22 mois sans hospitalisation). Mais l’effet ne dure pas, il sera réhospitalisé 6 fois dans les 17 mois qui suivent.

Son psychiatre allège son traitement : début de sevrage du bromazépam, arrêt du somnifère, diminution de la posologie du flupentixol décanoate (de 100 mg/3 semaines à 80 mg). Mais un traitement par ciamémazine est introduit au 6e mois (75 mg puis 50 mg). Quant aux correcteurs, la tropatépine est diminuée, l’anéthoitrithione est arrêtée.

Ses habitudes de vie se modifient.

Il dit ne plus prendre de cannabis.

Son appétence pour le tabac se réduit : il passe de 3 paquets par jour à 5 cigarettes. Sa représentation des effets du tabac, qui se modifie et devient plus réaliste, est interprétée comme une tentative d’élaborer la fonction de maintenance du Moi-Peau : il passe du « tabac qui l’oxygène » au tabac qui le gène pour respirer ; du tabac qui l’aide à ressentir les exercices, au tabac qui l’« écœure ». Finalement, il demande un sevrage tabagique.

Il dit limiter sa consommation de café et notamment au bout de 6 mois, faire précéder le rituel matinal « café-tabac-pour se réveiller » d’un exercice qui vise à renforcer métaphoriquement les fonctions contenante et libidinale. Il dit utiliser mentalement ce même exercice en journée dans certaines situations anxiogènes.

Il dit avoir réduit sa consommation de bière qu’il utilisait pour s’alourdir quand il se sentait trop léger car la sensation de légèreté déclenche chez lui une angoisse de s’évaporer par le haut du corps. Il dit utiliser tantôt des exercices d’auto-tapotements pour se sentir plus lourd, tantôt des exercices de respiration pour alléger son corps devenu trop lourd (renforcement métaphorique des fonctions de maintenance et de recharge libidinale).

L’addiction au mouvement physique est maintenue : il passe de 3 heures de pompes à 3 heures de Qi Gong par jour. Mais elle est réorientée vers des activités qui recrutent cette fois-ci toutes les parties de son corps : Les cales qu’il avait au niveau des mains disparaissent. Sa respiration, qui était superficielle entrecoupée d’apnées, devient profonde, ample et régulière. Son équilibre dynamique et la coordination de ses mouvements sont améliorés.

Il est moins parasité par son éprouvé délirant, ce qui a pour effet d’améliorer son attention sélective et son attention soutenue. Il demande à poursuivre cette prise en charge à l’issue de l’essai.

Les effets négatifs :

  • cette épreuve de réalité fragilise un équilibre précaire où sa mégalomanie semblait masquer une tristesse de l’humeur latente ;

  • il existe un lien de cause à effet net entre la qualité de réalisation des exercices, la fréquence des séances et la réapparition de la symptomatologie : dès que les séances sont éloignées de plus de 15 jours, les exercices sont plus approximatifs, le patient se montre découragé par ses erreurs, ses descriptions délirantes de son fonctionnement organique sont accentuées.

Ces résultats sont attestés par la BPRS 42.

Parmi les 9 facteurs caractérisant la BPRS 42, l’évolution porte essentiellement sur les facteurs paranoïde, mélancolique, et psychopathique-addictif (tableau 1).

Tableau 1Tableau 1

Deuxième vignette : monsieur Y., âgé de 40 ans, présente une schizophrénie paranoïde diagnostiquée 18 ans auparavant, avec des angoisses archaïques à type de morcellement, de chute et de dévoration. Son délire est non systématisé, de mécanisme interprétatif et hallucinatoire (cénesthésique et auditif essentiellement), à thème persécutif. Il fréquente l’hôpital de jour depuis 8 ans.

Résultats

Au début de l’essai, ses sensations sont floues, il ne parvient pas à les décrire. Dès le 2e mois de pratique, il parvient à nommer certaines qualités à ces sensations floues : agréable/désagréable, tendu/détendu, mouvement actif/mouvement passif. Il est en mesure de percevoir et de nommer des différences sensitives entre les zones corporelles qui ont été actives et celles symétriques qui sont restées passives. Progressivement ses capacités de description s’étoffent : chaud/froid, lourd/léger.

En début d’essai, il éprouve des sensations d’inconfort dont il ne sait que faire. Dès la deuxième séance il fait l’expérience qu’il peut agir pour les faire céder, par des auto-massages et des auto-tapotements. Par la suite, il est capable de retrouver et nommer, sur sollicitation uniquement, lesdits exercices, et de choisir ou non de les utiliser. Ainsi, la fonction d’inscription de trace du Moi-Peau, particulièrement perturbée chez monsieur Y., trouve à s’étayer différemment. La fonction de surface de soutien de l’excitation sexuelle de son Moi-Peau, elle aussi très perturbée semble se réorganiser alors que se développe l’étayage de la fonction de contenance.

Alors qu’au départ sa gestuelle est pauvre, son attention sélective est parasitée par de nombreuses hallucinations, au bout de quelques mois, il exécute une gestuelle complexe, de manière parfaitement fluide, harmonieuse, sans aucun parasitage et coordonnée entre le haut et le bas du corps, le regard et la respiration. Il semble y trouver une certaine unification.

Pendant une longue période, il ne peut se détacher du regard du soignant pour pratiquer les différentes gestuelles. Petit à petit, il parvient à s’exercer en regardant ce qu’il fait, ce qui évoque pour nous une plus grande efficience de la fonction de maintenance de son Moi-Peau.

On peut distinguer deux étapes au cours de cette évolution :

  • 1re étape (dès la 2e séance) : conscientisation, verbalisation, dénomination des sensations ;

  • 2e étape (à partir de la 6e semaine) : réduction des barrages et du maniérisme lors de la pratique de certains exercices, mais qui ne s’étend pas au-delà des séances.

Décrivant à la demande du soignant les effets de son exercice préféré, il détaille tout en l’exécutant : « Les points des paumes, et sur le dos des mains, les bouts des doigts, suivre des yeux. La respiration, inspiration, expiration, à l’intérieur de soi, coordonner l’air par un mouvement très lent, qui permet de bien suivre le mouvement de la tête, des mains, de la tête centrale qui coordonne le tout, qui fait pas faux bon ! Face à la personne en face pour faire neuf fois le mouvement. » Il appelle ce mouvement « la pelleteuse », métaphore remarquable de ce qu’il donne à observer dans ce mouvement : parfaitement concentré sur sa pratique, tout y est parfaitement coordonné, il semble entièrement rassemblé.

Bien que ses habitus restent très ritualisés, partant d’un stade initial où il se plie constamment au désir de l’autre, il devient capable d’initiative dans l’organisation des séquences et d’humour. À partir du 13e mois, il dit jouer avec ses nièces le mercredi. Il insiste pour poursuivre au-delà de l’essai.

Il n’y a pas d’hospitalisation intercurrente ni dans les 33 mois qui suivront.

Au cours du 3e mois, son psychiatre remplace son traitement par rispéridone par de l’aripiprazole à 15 mg par jour, qu’il diminuera à 10 mg à partir du 5e mois de l’étude. L’évolution de la corporalité du patient amorcée dès la première séance, et intensifiée à partir de la 6e semaine, a probablement été accrue du fait de ce traitement introduit au 3e mois.

Dans le BPRS 42, l’évolution porte essentiellement sur les facteurs paranoïde, et maniaque avec notamment améliorations des items 6 tension, 17 excitation, 33 labilité émotionnelle (tableau 2).

Tableau 2Tableau 2

Troisième vignette : mlle E., âgée de 20 ans, a présenté un premier épisode dissociatif à l’âge de 15 ans. Son tableau clinique atypique est très déficitaire. Elle présente des idées délirantes à thème mystique et de persécution, et des hallucinations intrapsychiques kinesthésiques. Ses angoisses archaïques sont à type de morcellement, de liquéfaction et d’effondrement. Elle n’exprime jamais d’émotion.

Dès la première séance elle fait un malaise : « J’me sens mal, j’vais tomber. » Néanmoins, elle accepte des auto-massages vigoureux sur les deux membres supérieurs, et récupère rapidement. Elle est restée debout.

Résultats

Au cours de la prise en charge elle ressentira plusieurs fois l’imminence d’un malaise, déclenché en règle générale quand nous l’invitons à nommer son éprouvé. Aussitôt nous l’invitons à s’auto-masser vigoureusement les membres supérieurs. À chaque fois le malaise cède, et elle ne tombe pas. La mise en lien que nous faisons avec l’absence d’émotion l’interpelle. Le fait qu’elle parvienne à faire céder ses malaises en séance par des auto-massages vigoureux des membres supérieurs l’étonne.

Au bout de deux mois et demi, alors qu’elle décide d’arrêter la prise en charge, dans le but de retrouver un emploi, elle nous apparaît plus sûre d’elle-même pour sentir et nommer certaines de ses perceptions. Son attention sélective a progressé. Mais elle ne distingue toujours pas la différence de perception entre mouvement actif et mouvement passif. L’extraordinaire endurance dont elle faisait preuve en début d’étude se réduit quand elle devient capable d’identifier une lourdeur puis une douleur dans la ceinture scapulaire lors d’un mouvement répétitif de rotations des membres supérieurs. Ce que nous soulignons comme un avantage : elle se connaît un peu mieux, mais aussi comme un inconvénient : elle ressent maintenant la fatigue liée au mouvement.

Ces résultats n’apparaissent pas dans l’évolution de la BPRS 42 (tableau 3).

Tableau 3Tableau 3

Son traitement médicamenteux par olanzapine et prazépam reste inchangé, et il n’y a pas d’hospitalisation intercurrente, ni dans les 18 mois qui suivront.

Quatrième vignette : monsieur C., âgé de 49 ans, présente un délire de référence à mécanisme imaginatif et hallucinatoire olfactif, qui a débuté dans les suites de la création de son entreprise d’installation sanitaire, alors qu’il avait 42 ans. Il se plaint d’halitose liée « à un pourrissement des dents ». La seule angoisse archaïque repérée est une angoisse d’effondrement.

Résultats

Le patient trouve, dans les exercices qu’il préfère, de quoi se détendre, calmer ses douleurs cervico-dorso-lombaires, contrôler ses malaises liés à une hypotension orthostatique, accepter le lâcher prise du sommeil. Il est moins phobique et tolère mieux le contact social. Ce que nous interprétons comme une amélioration des fonctions de maintenance, de contenance et de pare-excitation. Il vient assidûment aux rendez-vous pendant les dix-huit premières séances (deux premiers mois) tandis qu’il n’a jamais été assidu pour participer aux autres ateliers de l’hôpital de jour. La fin de sa participation à l’essai est décidée par le patient, dans les suites du décès de son père. Il interrompt aussi sa prise en charge à l’Hôpital de Jour parce qu’il doit maintenant remplacer son père à domicile. L’hallucination olfactive a persisté.

Son traitement neuroleptique n’est pas modifié au cours de la prise en charge. Il n’y a pas non plus d’hospitalisation intercurrente.

Dans le BPRS 42, l’amélioration a porté sur 7 des 9 facteurs et notamment sur les items 2 anxiété, 3 retrait affectif, 6 tension, 7 maniérisme, 11 méfiance, 13 ralentissement moteur, 22 phobies, 23 attitude passive dépendante, 32 sentiments d’infériorité, 33 labilité émotionnelle (tableau 4).

Tableau 4Tableau 4

Cinquième vignette : monsieur M., âgé de 26 ans, présente une psychose infantile avec angoisse de morcellement et d’effondrement, et un retard intellectuel. Il se plaint fréquemment de vertiges et de céphalées qui augmentent à distance de l’injection de neuroleptique retard. La fonction de maintenance de son Moi-Peau est très défaillante : il ne fait pas seul la plupart des gestes de la vie quotidienne, et a besoin d’être rassuré en permanence.

Résultats

Après plusieurs séances, il dit utiliser chez lui les auto-massages du visage pour faire céder ses vertiges. Ses capacités de discrimination s’étoffent : mou/dur, rugueux/lisse, chaud/froid. Il peut distinguer certains bruits. Mais il interrompt la prise en charge au bout de 4 mois, évoquant la pénibilité de ces séances, dans un contexte où il doit faire face à des changements importants dans sa vie : un déménagement, la découverte d’une maladie grave chez son fils, et la deuxième grossesse de son épouse.

Le traitement médicamenteux n’a pas changé pas. Il n’y a pas d’hospitalisation intercurrente ni dans les 24 mois qui suivent la fin de l’essai.

Dans le BPRS 42, les modifications portent surtout sur les facteurs hystérique et organique et dans une moindre mesure les facteurs paranoïde, maniaque et phobique (tableau 5).

Tableau 5Tableau 5

(Le 6e patient, âgé de 26 ans, qui présente une schizophrénie paranoïde diagnostiquée à 23 ans, a interrompu sa participation au bout de 3 séances, saisissant l’opportunité de se réinstaller dans la région de sa famille, en dehors de toute décompensation psychotique.)

Résultats globaux de l’essai

Aucun patient n’a présenté de recrudescence du délire ni d’aggravation de son état psychique.

Les scores à la BPRS 42 sont améliorés chez les patients 1 et 2 qui ont terminé l’essai, et chez les patients 4 et 5.

L’étude des fonctions cognitives réalisée cliniquement et uniquement dans le cadre des séances est limitée, mais fait ressortir une amélioration de l’attention soutenue, de l’attention sélective, du contrôle volontaire du comportement et des capacités d’autocorrection, chez les 5 premiers patients, dans le contexte des séances. La mémoire apparaît être de type essentiellement kinesthésique chez les patients 1, 2, 4 et 5. L’attention à la respiration, interprétée comme étayant la fonction de maintenance permet aux 4 premiers patients de se remémorer certains exercices. Le champ lexical en rapport avec la sensorialité gagne en étendue chez les patients 2, 3, 4 et 5.

L’évolution des bilans psychomoteurs des patients 1, 2, 3 et 4 fait apparaître lors des séances une meilleure cinétique respiratoire, un meilleur contrôle moteur, moins de maniérisme. Chez le patient 1, ces améliorations se sont poursuivies entre les séances.

Discussion

Dans une étude ultérieure, l’échantillon devra être plus homogène en terme de diagnostic psychiatrique, un bilan cognitif standardisé s’impose, de même que la réalisation d’un bilan psychomoteur standardisé.

Dans cet essai prévalent des manifestations symptomatiques en lien avec l’image de base, notamment les malaises imminents. Ceux-ci étaient déclenchés à l’occasion d’un événement extérieur au patient, par exemple demande formulée au patient par le soignant. Les exercices d’auto-tapotements et d’auto-massages vigoureux, utilisés dans ces contextes, avaient pour effet de faire disparaître le malaise chez tous les patients concernés. Ce que nous interprétons comme étayant les fonctions de pare-excitation et de recharge libidinale. La fréquence de ces sensations imminentes de malaise a diminué en séance. Par ailleurs l’Image Fonctionnelle, fortement déficitaire chez ces cinq patients, a pu être remaniée en séance, quand les exercices proposés semblaient étayer la fonction de recharge libidinale, ou quand les interventions du soignant faisaient appel au désir et aux capacités de choisir des patients. Alors les patients devenaient plus actifs sur le déroulement interne des séances. Il semblerait que chez ces patients, pendant le temps des séances, (voire plus chez monsieur D.), le Moi morcelé ait pu s’amarrer ponctuellement dans le corps, dans une relation dynamique entre sensorialité et mise en parole, à l’occasion de l’étayage apporté par le soignant, dans le cadre structurant de l’essai. Cela évoque, à travers le transfert, le réinvestissement de son schéma corporel par le sujet, autrement dit la reconstruction d’un lien, l’articulation, la solidarisation, du schéma corporel à l’image inconsciente du corps, nécessité démontrée par Dolto.

Or l’objet premier de la méthode Feldenkraïs et du Qi Gong est justement la recherche et le maintien de l’amarrage du Moi dans le corps. Car dans la pensée chinoise, chaque processus psychique est lié par un lien fonctionnel à un ensemble de processus physiques de même nature. Par conséquent toute modification qualitative ou quantitative au plan physique, de cause endogène ou exogène au patient, a des répercussions au plan psychique qui lui est lié fonctionnellement, et vice versa, à l’origine de symptômes psychiques modérés. Quand une modification atteint un niveau qui ne permet plus le rétablissement de l’homéostasie, apparaissent des symptômes psychiques graves témoins d’un délitement voire d’une rupture d’un lien fonctionnel somato-psychique. Ce que nous ne pouvons développer ici. L’étude de cet essai, basée cette fois sur les principes de la médecine traditionnelle chinoise, fera l’objet d’une autre publication dans la presse spécialisée. Par ailleurs, dans ces techniques, la relation qui se développe entre enseignant et pratiquant, étayée par un corpus théorique solide, fait fonction de tiers permettant le transfert.

À travers cette lecture psycho-dynamique nous avons montré, d’une part dans quelle mesure la prise en charge corporelle d’un patient souffrant d’angoisse archaïque était réalisable sans iatrogénie et pertinente, et d’autre part confirmé comment l’utilisation de champs épistémologiques différents pouvait être intéressante.

Nous voudrions attirer l’attention du lecteur sur le fait que nous avons volontairement écarté l’utilisation de techniques corporelles qui proposent la création imaginaire de perceptions sensorielles, telles que par exemple la sophrologie (à partir du deuxième niveau). En effet, ces créations imaginaires apparaissent dangereuses, car potentiellement pourvoyeuses de dissociation, et pas seulement chez le patient psychotique. Elles nous semblent aussi inutiles car le corps réel produit de toute façon des sensations et si le patient ne les perçoit pas tout de suite, ce travail montre comment on peut l’amener à la perception.

Conclusion

Pankow écrivait : « Il s’agit de trouver un repère, une greffe, pour déclencher un processus de symbolisation. » Dans notre essai, la greffe s’est opérée à l’occasion de la relation entre le soignant et le patient, dès lors que le cadre, l’objet de l’essai et les modalités de lecture des symptômes du patient faisaient fonction de tiers. Et dans ce contexte, où patient et soignant exécutent les mouvements en face à face, c’est cette fonction de tiers qui permet à la fonction d’individuation du Moi-Peau de maintenir séparés les contenus psychiques de chacun. Ainsi, la potentialité d’une recrudescence du délire chez le patient, du fait de l’attention portée au réel de son corps, est contenue grâce à la mise en sens de ses sensations corporelles.


  • 1 –  Angles M, Darakchan S, Zhu MS. Souffle et énergie, Le Qi Gong. Rodez : Edition Rouergue, 2007.
  • 2 –  Anzieu D. Le Moi-Peau. Paris : Dunod, 1995.
  • 3 –  Anzieu D. Ibid, p. 119-137.
  • 4 –  Bandura A. Auto-efficacité, le sentiment d’efficacité personnelle. Bruxelles : De Boeck, 2003.
  • 5 –  Chéné PA, Caydedo A. Sophrologie, tome 1 : Fondements et méthodologie : précis de sophrologie caycédienne actualisée, Paris Ellébore, 2001 (496 pages). Tome 2, Champs d’application en sophrologie caycédienne, Paris, Ellébore, 1999 (543 pages).
  • 6 –  Dolto F. L’Image inconsciente du corps. Paris : Le Seuil, 1984.
  • 7 –  Dolto F. ibid,, p. 51-61.
  • 8 –  Dolto F. Ibid,, p. 23, 40-41, 45, 219.
  • 9 –  Feldenkrais M. La Conscience du corps. Paris : Robert Laffont, 1971.
  • 10 –  Loquineau B. La sophrologie : des origines à l’actualité, Communication au Congrès « Émotions, corps, et conscience, 25 ans de la Fédération européenne de Qi Gong, 29.06.08. sur www.sophro.net.
  • 11 –  Pankow G. L’Être là du schizophrène. Paris : Aubier, 1981.
  • 12 –  Pankow G. L’Homme et sa psychose. Paris : Aubier, 1969.
  • 13 –  Pankow G. L’Être là du schizophrène, ibid,, p. 22.
  • 14 –  Pichot P, Overall JE, Gorham DR. « Échelle abrégée d’appréciation psychiatrique ». In : Guelfi JD, et al., eds. Évaluation clinique standardisée, T1. Lavaur, Éditions Médicales Pierre-Fabre, 1996.
  • 15 –  Racamier PC. Les Schizophrènes. Paris : Payot, 1990.
  • 16 –  Raoult PA. Psychologie clinique, psychanalyse et psychomotricité. Paris : L’Harmattan, 2001.
  • 17 –  Romano F. Corps et psychanalyse. Nervure 2007 ; 6 (XX) : 8-9.
  • 18 –  Winnicott DW. De la pédiatrie à la psychanalyse. Paris : Payot, 1969.
  • 19 –  Wu Dang Qi Gong n° 3, 1re série, in « Wu Dang Qi Gong 1er niveau », vidéocassette, Institut Européen de Qi Gong, 13122 Ventabren
  • 20 –  Pluriels 44/45 – Juin 2004 – En santé mentale : préserver le corps.

 

<chbopplimoge@yahoo.fr> Psychiatre, praticien hospitalier contractuel, centre hospitalier de Mulhouse, 87, avenue d’Altkirch, 68070 Mulhouse Cedex

<grethp@ch-mulhouse.fr> Psychiatre, praticien hospitalier, centre hospitalier de Mulhouse, 87, avenue d’Altkirch, 68070 Mulhouse Cedex

<weibleh@ch-mulhouse.fr> Psychiatre, praticien hospitalier, directeur du pôle de psychiatrie, centre hospitalier de Mulhouse, 87, avenue d’Altkirch, 68070 Mulhouse Cedex

Treillet T. et ses collaborateurs étudient la validité d’une grille standardisée du bilan psychomoteur qu’ils ont élaborée chez l’adulte (secteur de psychiatrie 68G08, centre hospitalier de Rouffach, 27, rue du 4e-Spahis-Marocain, 68250 Rouffach).

Source: L’information psychiatrique 2009/1 (Volume 85)